Historique

 

Crédit illustration : Sandrine Bonini Crédit illustration : Sandrine Bonini

#PAYETONAUTEUR GAGNE CONTRE LIVRE PARIS
TOUS LES AUTEURS SERONT RÉMUNÉRÉS

Depuis cinq jours, les réseaux sociaux s’embrasaient autour de la question de la rémunération des auteurs à Livre Paris. Un mouvement est né, lancé par La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse, le groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC), porté par les youtubeurs et les lecteurs : #PayeTonAuteur

Jusqu’à aujourd’hui, Livre Paris, « le plus grand événement du Livre en France », salon du SNE (Syndicat national de l’édition), syndicat composé donc de plus de 600 éditeurs, refusait de rémunérer les auteurs pour les plateaux, rencontres, interventions. Pendant deux semaines, La Charte a tenté en vain d’obtenir des réponses satisfaisantes. Dans cette attente, de nombreux auteurs jeunesse ont refusé de participer à ces animations. L’argument renvoyé aux auteurs était qu’ils venaient y faire leur « promotion ». Ce terme de « promotion » est un glissement sémantique recouvrant en réalité ce qui relève de l’animation et de la médiation des auteurs dans la sphère sociale, au titre de leur savoir-faire créatif.

En 43 ans d’existence, si la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a bien gagné un combat, c’est celui de la rémunération pour les interventions – ateliers, rencontres, interventions, dédicaces. Les auteurs jeunesse, d’une voix commune, ont décidé depuis longtemps de dire non au travail gratuit. Rencontrer des classes, préparer un atelier, parler de son œuvre, se déplacer, échanger, animer est un travail lié à leurs œuvres. Les bibliothèques, médiathèques, établissements scolaires, l’ont compris depuis longtemps. Nous saluons ces partenaires solides, durables. Les tarifs de la Charte sont le fruit d’un combat qui fut long et collectif, une référence, d’ailleurs utilisée au-delà de la jeunesse : c’est le repère d’un minimum pour bien des auteurs, mais aussi d’intervenants, dont les youtubeurs.

Qui les lecteurs viennent-ils voir à Livre Paris ? Les auteurs.

Le Centre national du livre a impulsé une réforme fondamentale pour les auteurs : les organisateurs de manifestations soutenues par le CNL doivent rémunérer les auteurs qui participent à des rencontres. La grille tarifaire vient justement de s’aligner sur les tarifs de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse.

La Charte a donc transmis au SNE son indignation qu’un événement aussi symbolique, médiatique, que Livre Paris puisse se permettre de refuser la rémunération des auteurs jeunesse, sous prétexte de leur donner de la « visibilité ». Un événement dont l’entrée, rappelons-le, est payante – 29 € le pass Grand Lecteur.

Dans une période où les auteurs vivent dans l’incertitude des réformes sociales à venir, où nous savons que leur rémunération d’à-valoir baisse, cela envoyait un signal déconcertant. En discussion avec la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Pierre Dutilleul, Directeur du SNE, avait pris l’engagement de la rémunération des auteurs jeunesse, pour tous les formats d’animation : atelier, animation, intervention, table ronde, scènes. Une nouvelle qui nous avait réjoui.

Mais entre temps, Livre Paris est revenu en arrière, mettant en ligne des communiqués très ambigus, et refusant de payer un certain nombre d’auteurs pour les conférences, toujours en renvoyant cet argument de ce qui relèverait de la « promotion » et non pas de l’animation. Il ne semblait n’y avoir aucune cohérence dans la politique de rémunération. Certains auteurs étaient rémunérés pour des tables rondes en étant seuls, d’autres pas. Ce qui a surgi : tout était décidé « au cas par cas ».

C’est alors qu’un combat absolument historique a commencé. Les auteurs jeunesse ont appelé au boycott, les auteurs de BD ont rejoint le mouvement, ainsi que d’autres organisations d’auteurs, notamment l’ATLF, le SELF et la SGDL. Les lecteurs sont venus en renfort, découvrant de façon consternée la situation. #PayeTonAuteur est né. Les booktubeurs, notamment Bulledop, NiNe Gorman, Lili bouquine, Moody – Take a Book ϟ, Lemon June, Céline Online : Ma vie en ligne, Pikobooks et bien d’autres encore, sont venus porter main forte aux associations et syndicat d’auteur, relayant massivement l’information, et prenant une position ferme et claire. ActuaLitté a suivi en continu ce phénomène hallucinant : la prise de conscience de l’opinion publique non seulement de la condition des auteurs, mais de l’humiliation qu’ils subissaient. La presse a rapidement pris le relai, suivant ce feuilleton hallucinant : la succession des communiqués flous de Livre Paris, les témoignages des auteurs lançant leur rémunération ou non rémunération sur la place publique, et la colère de tous ceux suivant le mouvement.

Pendant ce temps, La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et le SNAC BD ont demandé l’ouverture d’un dialogue avec le SNE et Livre Paris, d’une prise de position claire. Aucune réponse. Un silence assourdissant.

Durant 5 jours, une guerre a fait rage sur les réseaux sociaux. Un véritable siège, une insurrection, à renfort d’appels, de gifs délirants pour rire dans la colère, Livre Paris réagissait de plus en plus maladroitement, tentant de rectifier le tir sans vouloir admettre les effets du collectif.

Car oui, ce que prouve #PayeTonAuteur, c’est que les auteurs sont bien des professionnels, qu’ils savent se fédérer, s’unir, et agir à leur façon. Jouer avec les mots avec les auteurs ? Très mauvaise idée. Ils ont donc conquis leur terrain pour se battre : celui des réseaux sociaux, de la liberté d’expression et de la narration. Pour raconter ce qu’ils vivaient. Dans la colère, mais sans jamais sombrer dans l’agressivité ou la haine : avec l’humour comme arme. Une débauche de créativité, une histoire qui s’est déroulée.

Ensemble, auteurs jeunesse et auteurs BD ont décidé qu’ils refusaient de continuer de vivre ces injustices de façon individuelle. Qu’il fallait s’unir, ne jamais laisser ses collègues non rémunérés sur le bord du chemin. Réclamer respect, considération. Le faire d’une seule voix.

Face à ces voix, le silence de Livre Paris et du SNE à l’égard de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et du SNAC BD fut le plus choquant. Auteurs et illustrateurs ne demandaient qu’une seule chose : être entendus, reçus, acter officiellement une décision. Être regardés droit dans les yeux, comme des êtres humains, plutôt que d’avoir recours aux réseaux sociaux.

Le mercredi 7 mars 2018, Livre Paris annonce publiquement rémunérer tous les auteurs. La joie est immense. Mais ce n’est pas terminé : à présent, il faut que cette décision soit suivie d’engagements très concrets de la part du SNE envers la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et du SNAC BD. Qu’on leur ouvre la porte, enfin, pour un dialogue serein.

L’élan de solidarité incroyable qui vient de se produire est loin d’être terminé. En plus de l’officialisation réclamée envers la Charte et le SNAC BD, youtubeurs, lecteurs, professionnels du livre et tous ceux ayant participé au mouvement comptent bien poursuivre dans cette voie.

Livre Paris sera une fête. Une fête #PayeTonAuteur, dans le mélange de ténacité, de force et d’humour qui nous caractérise. Nous ne boycotterons là, nous serons présents, ravis d’échanger avec nos lecteurs, de nous réjouir, de nous rencontrer aussi en chair et en os, après tout ce temps passé à lutter sur Internet ensemble.

#Payetonauteur est à l’origine d’un phénomène absolument inédit et fascinant autour de la condition de l’auteur en France.

Le chemin continue. Avec vous tous. Et tous ceux qui seront solidaires du mouvement.

Samantha Bailly
Présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

 


Crédit illustrations : Sandrine Bonini


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