États Généraux du Livre : recherche Marianne désespérément


Lors du dernier Salon du Livre de Paris, le CPE, qui rassemble l’ensemble des organisations d’auteurs, a annoncé qu’une première session des États Généraux du Livre se tiendra le 22 mai. Une seconde journée aura lieu ultérieurement, consacrée, elle, à la question de la répartition de la valeur dans le livre. Un sujet très #payetonauteur.

Urgence sociale

Cette première session est des plus importantes. Elle a pour but d’éviter que les pouvoirs publics ne fassent payer les auteurs plus qu’ils ne le peuvent. En effet, depuis plus d’une décennie, ils subissent une très forte croissance des prélèvements obligatoires. Deux courbes pour résumer la situation (cliquez dessus pour agrandir) :

 

L’État réforme en ce moment même la sécurité sociale des auteurs, leur CSG, leur formation professionnelle et leur impose l’impôt à la source… mais sans jamais les consulter ! Alors que dans tous ces domaines leurs besoins et leurs difficultés sont extrêmement différents de ceux des salariés et des indépendants. Il faut que cela cesse, ces réformes doivent être discutées et préparées en concertation avec les organisations d’auteurs. Les hausses de cotisations non compensées doivent aussi cesser, la plupart des auteurs sont déjà sous le SMIC voire sous le seuil de pauvreté. Pour approfondir ces sujets, lisez le site des États Généraux du Livre : www.auteursencolere.fr

L’État méprise-t-il les auteurs ?

Jusque là, on se disait que les ministères en charge de tous ces sujets étaient peut-être un peu dépassés par les subtilités des métiers d’auteur. Ils sont bien particuliers et ils concernent finalement bien peu de gens. S’il y a 270 000 auteurs du livre en France, il n’y a réellement que 7 000 auteurs professionnels inscrits à ce titre à la sécurité sociale. Mais tous ces auteurs sont à la base non seulement de l’économie de l’édition et de la librairie, mais aussi le cœur battant de la création en France. Sans auteur, sans roman, sans livre jeunesse, sans bande dessinée, de quoi se nourriront les films, les jeux vidéos, les séries télé, les dessins animés ? Comment faire vivre demain notre industrie créative si on ruine aujourd’hui son secteur recherche et développement ?

Mais l’État ne semble pas avoir compris les enjeux : aucun ministre n’a répondu favorablement à l’invitation que leur avait fait les États Généraux du Livre. Ce qui a forcé les organisations d’auteurs à devoir prendre acte publiquement de ce total désintérêt :

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le ministre de l’Économie,
Madame la ministre des Solidarités et de la Santé,
Madame la ministre de la Culture,

Le 22 mai 2018 de 14h à 18h30 à la Maison de la Poésie de Paris, se tiennent les premiers États Généraux du Livre organisés à l’initiative du Conseil Permanent des Écrivains.

Nous vous y avons invités à venir répondre aux légitimes questions que se posent les auteurs sur les réformes fiscales et sociales engagées.

À ce jour, aucun de vous n’a répondu favorablement à notre invitation. Cette journée est pourtant l’occasion d’exposer les réflexions sur les travaux en cours.

Nous sommes par ailleurs consternés qu’aucun représentant de la Direction de la Sécurité sociale n’ait accepté de participer à ces États Généraux.

Si votre absence se confirmait, nous ne pourrions en tirer qu’une conclusion : le total désintérêt que vous portez aux 270 000 artistes-auteurs.

Avec l’expression de toute notre considération pour les fonctions que vous assumez,

Pascal Ory, président du CPE

Le courrier original : www.auteursencolere.fr

Ce mépris s’est aussi traduit d’une autre manière. Les auteurs ont découvert que la veille et l’avant veille de leurs États Généraux du Livre allait se tenir lors du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo d’autres états généraux du livre organisés par l’État ! Annoncés par le Président de la République quelques jours après ceux des auteurs, ils seront consacrés à la question du livre dans la francophonie. La veille. Avec quasiment le même nom. Vraiment ?

C’est sûr que ce n’était pas volontaire de la part de l’État de venir ainsi écraser les États Généraux du Livre créés à l’initiative des auteurs. Mais la puissance public a fait comme si elle ignorait cet événement. Pensait-elle que ça ne posait pas problème ? Aurait-elle oublié ? Aucune de ces hypothèses n’est très rassurante pour les auteurs. Toutes, d’une manière ou d’une autre, traduisent au mieux un désintérêt et au pire un certain mépris pour les auteurs et leurs difficultés. Le dessin montrant Marianne écrasant les auteurs était-il donc à ce point dans le vrai ?

La politique de la chaise vide

Suite aux remarques des auteurs, les états généraux malouins ont, heureusement, été renommés “assises”. Mais nul ne se s’est vraiment expliqué de cette bévue auprès des auteurs. Reste aujourd’hui l’absence de tout ministre aux États Généraux du Livre.

Pour traduire en mots et en dessins ce sentiment d’abandon, une nouvelle action est en cours sur les réseaux sociaux sous le tag #auteursencolere des États Généraux du Livre. Vous pouvez bien sûr participer, comme l’ont déjà fait de très nombreux auteurs.

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